Les prairies en pente : contraintes et enjeux pour la fenaison

Faucher, sécher et récolter le fourrage sur une prairie à forte déclivité, c’est tout sauf anodin. En Bretagne, il n’est pas rare que les pentes dépassent 10 %, voire 20 % localement : on est loin du plateau céréalier plat où tout passe. Une mauvaise gestion du matériel ou des outils inadaptés, et c’est le risque d’un chantier laborieux, d’un foin mal valorisé, d’une sécurité compromise pour l’opérateur.

  • Adhérence turbulente : les dérapages ou glissements ne pardonnent pas – surtout sur de l’herbe fraîchement coupée ou en cas de pluie.
  • Stabilité de la machine : le renversement de tracteurs ou d’andaineurs arrive plus souvent qu’on ne croit (statistiques MSA, 2023 : 23% des accidents graves sur chantier de fenaison en pente concernent le basculement d’engins).
  • Efficacité de séchage : l’herbe entassée ou mal étalée dans une pente sèche beaucoup plus difficilement qu’en plaine, avec à la clé perte de valeur alimentaire, échauffement, voire moisissures dans le foin.

Quels critères fondamentaux pour le choix du matériel ?

Adapter le matériel n’est pas une affaire d’options ou de confort ; il s’agit de la sécurité du chantier, de la qualité du fourrage et de la rentabilité du travail. Voici les points essentiels à vérifier :

  1. Poids et centre de gravité du matériel : privilégier des outils légers, à centre de gravité bas, limite le risque de basculement. Un faneur à bras simple sera souvent plus sûr qu’un modèle lourd à portance élevée.
  2. Entraînement et roues : une bonne accroche au sol sur des roues larges ou jumelées offre à la fois motricité et stabilité. Les pneus basse pression accroissent la surface de contact.
  3. Largeur de travail ajustable : sur une parcelle encaissée, la possibilité de réduire la largeur d’andainage ou de fanage apporte une marge de manœuvre indispensable.
  4. Accessibilité pour l’entretien : sur les pentes, la maintenance devient plus dangereuse et compliquée. Un appareil simple, avec des points de graissage accessibles, limitera les arrêts et les manipulations risquées.

Le comparatif des outils de fenaison adaptés à la pente

La fauche : quelles solutions pour terrains inclinés ?

  • Faucheuse à tambour :
    • Particulièrement appréciée sur terrain pentu pour sa robustesse et son centre de gravité proche du sol.
    • Moins sensible à l’enroulement d’herbe en conditions humides qu’une faucheuse à disques.
    • Largeurs courantes : de 1,65 à 2,10 m, lestage latéral conseillé. Exemple : Krone AM.
  • Faucheuse à disques frontale :
    • Moins lourde sur l’essieu arrière, équilibre mieux la répartition des masses.
    • Offre souvent une meilleure visibilité depuis le poste de conduite, élément sécurisant.
    • Attention au gabarit global et au poids (risque de tassement en cas de sol détrempé).
  • Barre de coupe (faucheuse à sections) :
    • Idéale pour les très petites surfaces ou les pentes extrêmes (> 25%).
    • Outil léger, tracté voire porté à la main (motofaucheuse). Très utilisé en montagne dans les systèmes bio, peu productif mais ultra-sécurisant.

Fanage : optimiser l’aération sans danger

  • Faneurs portés légers (2 à 4 toupies) :
    • Moins larges et plus maniables qu’un modèle traîné, ils offrent une meilleure adaptation aux cassures de terrain.
    • Il est conseillé d’ajuster la vitesse de prise de force et d’avancer lentement : un rapport de transmission adapté évite l’accumulation de fourrage dans les creux.
    • Modèle à privilégier : KUHN GF 402 (existe en version allégée).
  • Faneurs traînés « montagne » :
    • Châssis renforcé mais ultra-léger, roues jumelées, articulation centrale pour épouser le relief.
    • Cher à l’achat mais plus sécurisant en grande pente. Fréquence d’entretien réduite si barre d’attelage sur pivot.

Andainage : qualité du flux de fourrage, sécurité du chantier

  • Andaineur monorotor (à un seul rotor) :
    • Plus stable qu’un double rotor sur pente, grâce à la compacité et au poids réduit.
    • Bande andainée moins large, mais plus régulière.
    • Exemple adapté : Pöttinger EuroTop 421 A, compact et reconnu pour sa sécurité sur terrain difficile.
  • Andaineur à tapis (pick-up sur tapis caoutchouc) :
    • Permet de transporter l’herbe sans vrillage ni perte, même sur forte pente, vers la base de la parcelle pour une ramasse sécurisée.
    • Outil encore rare en France (plus courant en Suisse et Autriche, cf. AgriHebdo), mais innovation à surveiller de près.

Tracteurs et automoteurs spécialement conçus pour la pente

Le matériel n’est rien sans l’engin tracteur approprié. Sur pente, les critères s’affinent :

  • Tracteurs ‘montagne’ : ponts larges, centre de gravité abaissé, roues jumelées, freinage hydraulique intégral. Exemples : Aebi, Fendt série 200 Vario, Same Explorer Mountain.
  • Automoteurs articulés (type Metrac, Reform, Antonio Carraro)
    • Offrent une stabilité remarquable même jusqu’à 45 % d’inclinaison.
    • Prix élevé mais sécurité et productivité inégalées dans des pentes extrêmes (cf. RE-Metrac).
  • Motofaucheuses autotractées : outil plats-forme léger, piloté à distance, sécurisé en cas de glissement ou chute.

Le retour des éleveurs bretons : pratiques et astuces éprouvées

  • Pentes supérieures à 20 % : de nombreux éleveurs préfèrent fractionner les travaux, faucher plus haut le matin pour éviter la rosée persistante, et ramasser en petites quantités pour limiter les charges latérales sur les machines.
  • Utilisation de filets brise-éboulement (comme en Savoie) pour rattraper le foin dévalant la pente après fauche. Ce système, peu coûteux mais efficace, commence à faire son apparition dans le Massif Armoricain.
  • Lestage intelligent : au-delà du simple lest à l’avant, certains remplissent les roues arrière de liquide pour abaisser encore le centre de gravité. Pratique validée par les services de prévention MSA Bretagne.
  • Balles de foin de petite taille : pour le ramassage manuel sur relief abrupt, passer de la balle ronde classique (250-350 kg) à des balles de 15-25 kg évite l’enlisement des engins et les efforts excessifs au transport.
Type de matériel Inclinaison recommandée Rapidité Qualité fourrage Sécurité
Barre de coupe / Motofaucheuse Jusqu’à 40 % Faible Très bonne Excellente
Faucheuse à tambour Jusqu’à 20 % Moyenne Bonne Bonne
Faneur porté 2-4 toupies Jusqu’à 20-25 % Moyenne Bonne Bonne
Andaineur à tapis > 30 % Faible Très bonne Excellente

Synthèse issue des retours de terrain Chambre d’Agriculture Bretagne, 2023 et “Guide sécurité MSA Fenaison” (source : MSA)

Anticiper la météo et adapter vos itinéraires de travail

  • Travailler systématiquement en dévers ascendant pour limiter le risque de glissade.
  • Faucher en bandes alternées pour ne pas accumuler l’herbe sur une seule zone, ce qui alourdit le passage des engins suivants.
  • Surveiller la météo de près : un orage surprise dégrade non seulement le fourrage mais rend ultra-glissant l’accès à la parcelle. Privilégier les créneaux matinaux quand la végétation est encore ferme et que la sève assure une meilleure portance.

En cas de doute sur une pente jugée limite, il vaut parfois mieux ne pas engager le chantier et favoriser la pâture ou la récolte du foin enrubanné plus tard dans la saison, une solution de plus en plus retenue dans les vallées pentues d’Argoat.

Résumé de terrain : bien équiper son chantier de fenaison en pente

  • Jamais de compromis avec la sécurité : stabilité et légèreté d’abord.
  • Préférence pour le matériel polyvalent et facile à entretenir sur le terrain.
  • Anticiper la météo, fractionner les chantiers et ne pas hésiter à demander conseil à d’autres agriculteurs ou à sa Chambre d’Agriculture en cas de doute.
  • Les innovations mécaniques (andaineur à tapis, automoteurs articulés, roues jumelées basse pression) sont des alliées précieuses, mais la simplicité et le retour d’expérience restent les meilleurs atouts en terrain accidenté.

Le choix des bons outils pour la fenaison sur prairies en pente, ce n’est jamais un luxe mais une nécessité pour valoriser des surfaces souvent exigeantes mais structurantes dans nos exploitations bretonnes.

SOURCES : MSA, Chambre d'Agriculture Bretagne 2023, Réussir Machinisme, ProAgri, AgriHebdo.

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