Les spécificités viticoles de la Bretagne : quels impératifs pour la vendange mécanisée ?

La Bretagne ne boxe pas dans la même catégorie que les grosses régions viticoles françaises. Le morcellement du parcellaire, la jeunesse des vignes, la topographie (présence de pentes, accès parfois étroits) et le climat océanique imposent des contraintes particulières :

  • Petites surfaces (3 à 10 ha pour la majorité des exploitations, parfois moins de 2 ha).
  • Parcelles morcelées ou pentues, chemins d’accès parfois difficiles.
  • Souci de compacité : la machine doit être maniable et adaptée aux rangs courts.
  • Pression sur le calendrier : besoin de flexibilité pour récolter vite en raison d’une météo très changeante à l’automne.
  • Sensibilité accrue à la casse des baies liée à la jeunesse des ceps et à certaines variétés hybrides.

Le besoin principal : une machine légère, polyvalente, avec un bon suivi du sol et un service de proximité fiable.

Panorama des marques leaders sur le marché breton

Après de nombreux échanges terrain, trois marques se distinguent nettement auprès des viticulteurs bretons : Pellenc, New Holland (groupe CNH, ex-Braud), et Grégoire. Chacune a ses arguments, mais leurs modèles répondent différemment aux critères clés évoqués plus haut.

Pellenc : la compacité, l’ergonomie et l’avance technologique

  • Gamme adaptée : La gamme Optimum de Pellenc est souvent citée en Bretagne pour son format compact, dès 2,7 m de largeur hors tout pour les modèles 4300. La justesse du suivi de terrain en fait une référence pour les parcelles à accès délicat.
  • Polyvalence : La tête de récolte est souple, douce, limite les bourrages. Leur système de sélection du fruit (Pellenc Selectiv’ Process) assure un tri remarquable. La bascule rapide permet aussi de passer sur d'autres outils (pré-tailleuse, rogneuse), ce qui accroît la rentabilité sur de petites exploitations.
  • Technologie d’avant-garde : Le suivi automatique du sol et l’ajustement de la tête permettent de limiter la casse sur vignes jeunes ou fragiles, critère déterminant sur les cépages résistants utilisés en Bretagne (floréal, vidoc, souvignier gris, etc.).
  • Service local : Présence forte de revendeurs et d’ateliers Pellenc à proximité (Laval, Rennes), très réactive sur les pièces détachées, ce qui évite les pertes de temps au cœur de la vendange.

Points de vigilance : Investissement élevé pour une petite structure (prix neuf autour de 180 000 € HT pour les modèles récents automoteurs), mais la bonne tenue dans le temps et la qualité du SAV compensent en partie ce surcoût.

Témoignage : La majorité des jeunes domaines carnacois ou nantais ayant franchi le cap de la mécanisation en 2022-2023 ont choisi Pellenc, notamment pour la souplesse de l’outil sur les terrains humides (source : retours d’expérience lors de réunions techniques CIVB Bretagne).

New Holland : robustesse et simplicité de prise en main

  • Expérience historique : Héritier des machines Braud, New Holland reste leader national (plus de 50 % de parts de marché, source Le Bulletin des Agriculteurs), plébiscité pour la robustesse de conception et des moteurs éprouvés.
  • Gamme compacte : La série VL5080 et VL5090 offre de belles performances sur petits et moyens vignobles (gabarit à partir de 2,5 m, capacités de trémie adaptées à 3-8 ha/jour selon les rangs).
  • Facilité de maintenance et coût maîtrisé : Les pièces détachées sont généralement accessibles et la présence d’équipes techniques itinérantes couvre désormais le nord-ouest jusqu’à Quimper.
  • Simplicité de réglage : L’interface est claire, adaptée à des exploitants polyvalents qui peuvent ne pas utiliser la machine chaque année.

À surveiller : Le système de récolte à secousses peut être un peu dur pour les bois jeunes ou mal lignifiés ; il faut savoir affiner les réglages sur cépages fragiles. L’automatisation reste en retrait par rapport à Pellenc sur ce point.

Cas breton typique : Beaucoup de projets collectifs ou CUMA (exemple : Coopérative "Vignes d’Armorique") retiennent le VL5080, apprécié pour le bon rapport coût/durée de vie et la capacité à tourner entre plusieurs parcelles éloignées, même sur chemins techniques.

Grégoire : choix sur-mesure pour petit vignoble, simplicité et coût contenu

  • Bonne adaptation aux vins de terroir : Grégoire s’est taillée une réputation dans le machinisme de précision, proposant des machines plus légères (ex : G3.220) avec options sur-mesure selon l’écartement des rangs.
  • Trémie surbaissée : Atout sur les parcelles à accès difficile, elle simplifie le déchargement en remorque sur les chemins de traverse caractéristiques des vignobles bretons.
  • Service après-vente compétent : Un peu moins présent que Pellenc/ New Holland sur le territoire, mais les retours concernant le SAV sont bons (source : magazine "Viti" 2023).
  • Économique en occasion : Bon niveau de fiabilité sur des modèles de moins de dix ans, trouvables dès 40 000 € pour une machine automotrice bien entretenue.

Attention : La productivité journalière peut être moindre sur cépages à feuilles épaisses. Il faut peser l’intérêt pour les toutes petites structures ou les associations d’exploitants.

Que choisir ? Méthode pour décider selon son profil d’exploitation en Bretagne

Pas de recette miracle ; il faut partir des besoins concrets de l’exploitation. Voici les critères décisifs repérés en Bretagne selon la typologie vignoble :

Critère principal Pellenc New Holland Grégoire
Parcelle morcelée, accès difficile ++ + ++
Polyvalence (outils disponibles) ++ + +
Budget serré/debutant + ++ ++
Service/maintenance locale ++ ++ +
Qualité du tri/rendement ++ + +
Main-d’œuvre formée ++ ++ +

Retours les plus fréquents :

  • Pellenc s’impose sur les jeunes domaines en croissance souhaitant investir dans la pérennité, la facilité de tri et l’évolutivité des outils.
  • New Holland reste la valeur sûre des CUMA ou pour une mutualisation de matériel entre domaines proches, où simplicité et robustesse sont privilégiées.
  • Grégoire retient les petits exploitants ou ceux misant sur l’occasion ou la sous-location entre voisins.

Données chiffrées : combien coûte une vendange mécanisée en Bretagne ?

Pour un domaine de 5 ha en gestion individuelle :

  • Location d’une machine (1 jour, avec chauffeur expérimenté) : entre 450 et 700 € selon la demande (Source : MSA Ille-et-Vilaine, 2023).
  • Investissement neuf : de 160 000 à 220 000 € HT selon le modèle et les options, hors financement.
  • Usure/entretien : prévoir en moyenne 13 à 17 €/ha/an en maintenance courant (hors gros aléas ou casse spécifique).
  • Débit de chantier : entre 0,3 et 0,8 ha/heure selon la machine, le cépage et la configuration de parcelle (source : Chambre d'agriculture Pays de la Loire, 2022).

Ces chiffres doivent être ajustés selon la mutualisation (via CUMA, associations), qui reste le scénario plébiscité pour les premières années d'équipement dans la région.

Ouvrir le jeu : des machines à vendanger pour soutenir la viticulture bretonne de demain

Le choix d’une machine à vendanger en Bretagne n’est jamais anodin, tant il engage la rentabilité et la qualité du raisin sur la durée. Face à l'éveil d'une viticulture dynamique, inventive et respectueuse de son environnement, la solution optimale se trouve rarement « toute faite ». Elle s’ajuste, se discute et évolue souvent au rythme des changements d’échelle, des nouveaux cépages ou des progrès technologiques. Pellenc tire aujourd’hui son épingle du jeu par sa modularité et son avance sur la qualité de tri, tandis que New Holland et Grégoire restent des références incontestables pour la robustesse et la maîtrise des coûts, surtout en collectif. Les viticulteurs bretons auraient tout intérêt à échanger directement avec leurs pairs, assister à des démonstrations et, pourquoi pas, oser la mise en commun d’équipements pour maximiser la souplesse et la viabilité du vignoble régional. Les machines « petit gabarit » ne manqueront pas d'évoluer encore afin de coller à la réalité de la Bretagne. Les marques, elles aussi, affinent leur offre, encourageant une filière viticole à la fois singulière et résolument tournée vers l’avenir.

En savoir plus à ce sujet :