Pourquoi s’intéresser de près aux fabricants bretons de matériel viticole ?

La Bretagne, historiquement terroir céréalier et maraîcher, fait aujourd’hui bande à part sur le terrain de la vinification. Avec la progression des surfaces de vignes en Morbihan, Ille-et-Vilaine et Loire-Atlantique (+30% entre 2012 et 2022 selon Agreste), les besoins en matériel ne cessent de croître. Niché entre le dynamisme agricole et la volonté de proposer des outils adaptés à des exploitations à taille souvent humaine, le secteur breton tire son épingle du jeu. Mais quels sont précisément les axes d’innovation qui font la différence dans nos caves ? Et comment ces solutions transforment-elles concrètement le quotidien des vignerons ?

Équipements de cave : un tournant robotique au service de la pénibilité

La manutention des raisins, la gestion des pressoirs et des cuves représentent le nœud gordien de la vinification. Pour bon nombre de viticulteurs du secteur — souvent en famille ou structures collectives — chaque geste manuel compte. C’est ici que certaines PME bretonnes relèvent le défi.

  • Presses à vis et pressoirs pneumatiques améliorés : Les presses à vis horizontale, un standard chez HydroBretagne (Côtes-d’Armor), disposent désormais de cycles entièrement automatisés, avec gestion intelligente de l’extraction en temps réel. Résultat ? Moins d’effort, moins de pertes, et un contrôle plus précis de la qualité du moût.
  • Chariots-brancards électriques : L’entreprise Armor Mecano propose des chariots mobiles pour le transport des bennes de marc, rétrofités avec assistance électrique, freinage automatique et élévation hydraulique. Ils contribuent à réduire drastiquement les TMS (troubles musculosquelettiques), problématique majeure pour les petites caves (voir étude IFV 2021).
  • Robot connecteur de cuve : En collaboration avec l’INRAe, quelques fabricants bretons testent actuellement des bras robotisés automatisant le raccordement aux pompes, limitant les risques de chutes ou de fausses manœuvres, dans des espaces où l’hygiène est primordiale.

Optimisation énergétique et gestion de la température : l’atout climatique breton

Le climat océanique, bien que modéré, n’empêche pas des excursions thermiques ponctuelles dans les chais. La maîtrise de la température impacte directement la qualité des vins, avec des besoins très spécifiques selon que l’on élabore des rosés, des rouges légers ou des blancs de cépages hybrides, typiques des exploitations régionales.

  • Refroidisseurs et thermo-régulation connectée : L’entreprise Kervalys, basée en Loire-Atlantique, a conçu un système de groupes froids compacts à haute efficacité énergétique, équipé de capteurs IoT pour régulation pièce par pièce. Les économies parlent d’elles-mêmes : selon Kervalys, jusqu’à 25% d’électricité en moins consommée par cuve sur un millésime moyen.
  • Panneaux solaires thermiques pour l’eau chaude : Les modules proposés par SolArmor exploitent la toiture des caves pour chauffer l’eau de nettoyage, réduisant fortement la dépendance au gaz. Un gain de 3 à 5 euros/hl de vin vinifié selon les retours d’utilisation sur 2023 (source : Chambre d’agriculture Bretagne).
  • Systèmes de ventilation naturelle optimisée : Sur les fermes-vignobles installées en bâti ancien, des dispositifs d’ouverture/fermeture assistée permettent de moduler le renouvellement d’air selon l’hygrométrie, tout en limitant les pertes d’énergie.

Hygiène, nettoyage et sécurité : la bataille de l’eau et du temps

En vinification comme ailleurs, le nerf de la guerre reste l’hygiène des installations. Risque de contamination, pertes de lots, charges de travail... Sur ce segment, les industriels bretons affichent plusieurs longueurs d’avance, surtout sur la souplesse et la modularité adaptées à de petites surfaces.

  • Lave-cuves automatiques à consommation réduite : Répondant au double enjeu énergie/eau, Iroise Tech propose des têtes de lavage mobiles qui adaptent la pression, la rotation et la durée selon le gabarit, avec des cycles consommant en moyenne 18 litres d’eau contre 32-40 litres sur l’ancien parc (Source : IFV Bretagne 2023).
  • Traçabilité connectée des opérations de nettoyage : Via la plate-forme VitiTrace (développée à Rennes), chaque intervention sur les matériels est tracée, alertant en cas d’oubli ou d’écart de procédure. Exigence incontournable pour les caves coop ou les exploitations accueillant du public.
  • Stations de désinfection réutilisables : Pour limiter l’usage des produits chimiques agressifs, des générateurs de vapeur sous pression (marque Steril’Bzh) commencent à faire leur place sur le marché local, combinant efficacité et respect des surfaces inox/smalt.

Connectivité et gestion intelligente : la cave entre dans l’ère du digital breton

La digitalisation n’est pas l’apanage des grandes régions viticoles. Les fabricants bretons se sont approprié ce virage avec pragmatisme, privilégiant les solutions abordables et modulaires plutôt que le tout-numérique hors de portée.

  • Applications mobiles de supervision de cave : En lien avec Bzh AgriTech, des applis permettent de piloter à distance température, pressions, ou encore cycles de macération. Bonus non négligeable : la surveillance et les alertes SMS évitent nombre de déplacements inutiles sur site.
  • Capteurs de rendement et d’éventuelles dérives : Sur les cuves récentes, des jauges connectées (type NordCap Sense) facilitent la gestion des stocks et déclenchent d’office certaines étapes de transfert ou d’aération. Celles-ci permettent de réduire jusqu’à 10% les pertes par évaporation ou fuite constatées en Bretagne (source : Vitinov, réseau technopole Quimper).
  • Analyse prédictive et machine learning : Des collaborations, notamment avec l’ENIB Brest, travaillent à des algorithmes qui croisent données météo, mesures de moûts et comportements des machines afin d’ajuster plus finement les cycles de fermentation et la gestion des apports d’oxygène.

Vers une vinification durable : focus sur les matériaux et l’écoconception

La question du cycle de vie des matériels prend de l’ampleur. À l’instar de toute l’industrie régionale, les acteurs bretons investissent dans des solutions moins énergivores, réparables et recyclables.

  • Cuves en inox régénéré : Chez MecaRecyclage à Lorient, on trouve des cuves et accessoires conçus à partir d’inox désindustrialisé, revalorisé localement. Moins d’impact, pas de compromis sur la robustesse. 80% du parc fourni à des caves de < 30 ha.
  • Montages modulaires 100% démontables : L’assemblage sans soudure de certains filtres et chaines d’embouteillage (Breizh’Filtration) prolonge la durée de vie, facilite la réparation, limite le gaspillage d’éléments en cas d’évolution ou d’agrandissement de la cave.
  • Équipements basse pression et économie d’eau : Les pompes à faible cisaillement (Pomp’Armor) limitent les bris de levures et les colmatages, pour une meilleure vinification naturelle, et consomment 2 fois moins d’eau que les installations équivalentes de 2000-2010.

Panorama : des chiffres qui parlent (et des témoignages de terrain)

Innovation Impact mesuré Zone/projet
Automatisation des pressoirs -38% de temps de travail/lot Pays de Redon
Refroidisseurs connectés -22% d'énergie par cuve Vallée de la Vilaine
Lave-cuves nouvelle génération Jusqu’à 2/3 d'eau économisés Amélioration de la qualité bactériologique Sud Morbihan
Capteurs de rendement et IoT Stock + fiable ; pertes divisées par 2 Côte d’Emeraude

Anecdote marquante : la Cave de Saint-Armel (35), qui a équipé sa chaîne de nettoyage de robots laveurs connectés, a pu raccourcir de 45 minutes en moyenne la durée de préparation entre deux lots pendant les vendanges, tout en économisant plus de 5 000 L d’eau sur la saison 2023. Témoignage recueilli par la Chambre d’agriculture.

Évoluer, sans perdre l’essentiel : l’innovation comme outil au service du vin et de la tradition

L’innovation bretonne dans le matériel de cave n’est pas qu’un effet de mode. Elle répond à des enjeux précis : soulager la main-d’œuvre, garantir la qualité dans un contexte climatique changeant, et préserver des installations durables, adaptées au tissu régional. Que l’on soit petit producteur en reconversion ou collectif en quête de productivité, ces avancées offrent des leviers tangibles, sans nécessiter des investissements de géant. Enfin, technicité et bon sens paysan restent main dans la main : chaque innovation étudiée en Bretagne a d’abord fait ses preuves sur le terrain, ajustée à la réalité des ateliers et à la typicité des vins qui y naissent.

Pour suivre l’actualité, le site de l’ITAB, le réseau IFV ou les bulletins des Chambres d’agriculture vous donneront une veille technique et réglementaire complémentaire.

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